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Hommage à Robert Mouttet
1949-2017

IFPF

Ce samedi 11 février 2017, l’église de Rebeuvelier (JU), était bien trop petite pour accueillir près de 500 personnes – autorités et amis, anciens collègues et élèves, chasseurs et passionnés de nature, … – venues rendre un ultime hommage à Robert Mouttet qui nous a quittés le jeudi matin précédent, terrassé par une tumeur cérébrale. Un hommage d’autant plus émouvant qu’il était accompagné par quelques sonneurs des Trompes St-Hubert de Delémont.

Parcourir une vie si bien remplie relève d’établir un inventaire à la Prévert. Je me dois toutefois rappeler certaines étapes de sa vie active.

Robert est né en 1949 à Mervelier et a passé son enfance dans ce village du Val Terbi. Diplôme d’instituteur en poche, au printemps 1969, il est nommé à Rebeuvelier, village dans lequel il enseignera pendant 42 ans. C’est dire s’il apprécia « son R’betz » … et y fut apprécié ! Et pour cause. Guidé par son sens du service, il fut caissier, conseiller communal, président des assemblées communales, et il s’engagea dans plusieurs commissions, en particulier celles concernées par le milieu naturel.

Car, pendant ses loisirs, c’est au milieu naturel qu’il consacra du temps et de l’énergie, avec enthousiasme, persévérance et diplomatie. Il en faut lorsqu’on entreprend des plantations de haies et des revitalisations de pâturages en milieu agricole. Parmi les nombreuses actions que Robert a menées, deux nous rappelleront toujours ce qu’il a fait : le petit étang « Sur le Bie » et les barrages annuels à batraciens qui lui sont associés.

Mais, c’est le domaine de la chasse où son activité a été déterminante et mérite notre admiration et notre reconnaissance que je veux évoquer.

Lorsque Robert débuta dans l’enseignement à la tête de la classe supérieure de Rebeuvelier et fit la connaissance de mon ami et collègue de chasse Georges Rueflin qui enseigna pendant 47 ans dans ce même village. Et, comme moi une dizaine d’années plus tôt, il fut séduit par sa connaissance de la nature, son éthique de la chasse, sa passion pour les chiens courants. L’ancien et le nouveau régent se lièrent d’amitié, jouèrent aux cartes et cherchèrent ensemble des morilles. C’est ainsi que je rencontrai Robert qui, tout naturellement, accompagna notre groupe de chasse dès la saison 1969. Je ne soupçonnais pas l’importance que ce fait aurait pour lui et pour moi.

Accompagner un groupe de chasseurs ou prendre soi-même un permis, cela mérite réflexion. Robert prit son temps. Voyager jusqu’à passer des vacances au Kenya, jouer au foot et finir par arbitrer les matches, fréquenter Francine et se marier, et finalement s’inscrire à la formation des candidats chasseurs, cela peut bien durer 14 ans ! C’est donc en 1986 que Robert acquiert chez moi Fanette du Béridier, sa première Schwytzoise, et qu’il prend sa première patente de chasse.

Chasser au chien courant, c’est bien. Réussir une épreuve de chasse, c’est mieux. Fanette obtient un 2e prix sur lièvre à l’âge de deux ans seulement. On devine la fierté du conducteur qui peut ainsi commencer sa formation de juge de travail pour chiens courants. Ce titre obtenu, Robert forma encore un labrador puis un teckel sur la piste de sang. Pour mon ami, une recherche rigoureuse du gibier après un tir malheureux ne se discutait jamais.

Cette rigueur fut encore la sienne lorsqu’il me succéda comme responsable de la formation des candidats chasseurs. Avec méthode et un extraordinaire esprit d'ouverture, il a forgé les bases d'un enseignement cynégétique parfaitement adapté au grand nombre de chasseurs formés dans ce cadre. Rigueur toujours lorsqu’il accepta la fonction de garde faune volontaire. Il était animé par un grand projet : celui de réconcilier l'homme et la nature et de rapprocher dans cette démarche des personnes aux sensibilités différentes.

Membre du comité cantonal de la FCJC, son sens de l'analyse s'était particulièrement bien exprimé sur les problématiques « gardiennage » et « rapports entre agriculteurs et chasseurs ». Attaché à la formation des chasseurs de demain, il voulait que le monde de la chasse aide à l'enracinement de la protection de la nature dans le concret des expériences de gestion de la faune locale. Dans ce sens, il prônait l'insertion de l'écologie appliquée à la gestion de la faune dans les formations initiales et continues des chasseurs.

Sa famille et ses amis sont profondément marqués et désemparés de ce départ précipité après huit mois de maladie seulement. Que leur dire ? Vous qui lui étiez attachés, ne perdez pas espoir et attachez-vous dans votre action quotidienne à le faire revivre. Les uns et les autres, vous pouvez faire croître ce qu'il a semé dans sa vie. Il s’agit d’un message de réconciliation avec soi-même, les autres et notre environnement, qui doit aider ceux qu'il a aimés à vaincre leur désarroi. Comme je l’ai connu, Robert vous invite à ne pas regarder en arrière, à oublier vos limites et vos erreurs, pour vous permettre de vous épanouir dans une nature conservée.

Jean-Pierre Boegli