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Hommage à Max Meury
1923-1999
Juge aux épreuves de chasse

IFPF

« L’automne est mort, souviens-t’en, nous ne nous verrons plus sur terre ».

Choisis par la famille Meury, les vers d’Apollinaire nous rappellent que la vie de Max s’est irrémédiablement achevée sous Rosée. Un terrain de chasse apprécié par Max et probablement choisi pour se protéger des rafales de vent qui balayaient la Vallée ce samedi 23 octobre. Je sais que mon ami redoutait aussi bien le froid que le vent ! Mais malgré tout, quitter le chemin des Rosées, se rendre sous Rosée, et puis… ne plus en revenir. Les circonstances de la vie sont parfois troublantes. Comme celle aussi de me trouver sur Montchemin, à un kilomètre à peine de là, ignorant tout de l’événement, alors que nous avons partagé tant de moments de vie.

En 1964, alors photographe, mais aussi pêcheur et mycologue pendant ses loisirs, Max commence à tourner quelques images du Jura pour la télévision romande. Les sujets « nature » l’intéressent tout particulièrement, comme l’un des premiers avec lequel il s’est fait la main : le contrôle et l’entretien de nichoirs pour les oiseaux par des filles de 9e du Collège de Delémont.

En 1969, il y eut le tournage sur la chasse au chien courant dans le Jura, avec comme acteurs le pharmacien Gustave Riat, le geôlier Aristide Erard et le comptable Bernard Montavon. Pour Max, c’est le déclic : il est séduit par la chasse au chien courant. Le même hiver il suit les cours et passe les examens pour chasseur. En 1970, il prend sa première patente et chassera avec le groupe rencontré lors du tournage.

Exigeant lorsqu’il pêchait – pratiquement qu’à la mouche et souvent dans des endroits difficiles comme les gorges du Pichoux –, il le restera lorsqu’il chassera aux chiens courants. Ces derniers lui ont procuré de grandes satisfactions, tel que Kim, son premier Lucernois dont il a dû se séparer parce qu’il ne correspondait pas à la norme bernoise sur la taille des chiens courants. Dur pour un militant jurassien comme Max. Puis Diane, une Schwytzoise obstinée sur le lièvre, qui lui a donné une portée dont il n’était pas peu fier et qui a fait honneur à son affixe d’élevage de Gentilpran. Ensuite ce fut Filou, un Bernois – eh oui ! pour soutenir une variété de chiens tendant à se raréfier – dont la gorge de hurleur le ravissait. Et reste aujourd’hui Gitan, un Bernois aussi et auquel Max était très attaché.

Une relation chasseur-chien qui suscitait parfois quelques problèmes, pas au chien, mais à son patron. Il était parfois difficile pour Max de concilier son idée de la liberté et les exigences du règlement sur la chasse. Gitan dans un parc ? Vous n’y pensez pas. Même le jardin familial lui semblait trop exigu pour un Gitan qui en a parfois profité au-delà de ce qui est permis ! Et lorsque ses amis lui faisaient un reproche, Max justifiait son point de vue avec véhémence. La même qu’il employait pour fustiger des propos racistes ou nationalistes tenus à une table ronde connue. Ces mêmes amis le provoquaient parfois avec malice pour le seul plaisir de l’entendre et de le voir réagir promptement.

Cette dualité entre les exigences de la vie en société et la liberté individuelle, je les ai toujours connues chez Max. Elle l’a parfois mis dans des situations pour le moins cocasses comme celle où nous nous sommes trouvés à Dissay près de Poitiers. Il s’agissait de réaliser un tournage assez important sur les gens et les chiens de vénerie. La comtesse du château dans le parc duquel se déroulait la manifestation essaya de donner des conseils touchant aux cadrages et aux prises de vues des scènes programmées. La patience du cameraman n’avait d’égale que la fureur que le modeste preneur de son amateur que j’étais pouvais lire dans ses yeux.

L’envie me vient d’évoquer encore d’autres souvenirs pour relever les multiples facettes de la personnalité de Max.

Comme notre tentative d’éditer un bulletin cynégétique jurassien et l’histoire d’une chasse au chien courant racontée d’une plume alerte dans le premier – et je crois le seul – numéro du Nemrod jurassien. Ou encore les problèmes dus à sa volonté d’appartenir à un groupe de chasse n’engageant que des chiens courants : Max refusait tout net l’idée d’engager des chiens en dehors des critères du standard de leur race.

L’automne est mort, souviens-t’en, nous ne nous verrons plus sur terre ».

La dure réalité est bien présente au milieu de nous : la mort a fauché un être cher, un ami.

Les chasseurs jurassiens perdent aujourd’hui un membre à l’éthique cynégétique exemplaire. Une éthique qu’il s’appliqua à partager avec les candidats chasseurs lors des cours sur l’exercice de la chasse qu’il dispensa pendant plusieurs années.

Les membres du Groupe Jura du Club du chien courant suisse rendent hommage à un juge de travail compétent, aux avis constamment empreints de pertinence et d’à-propos.

Que ceux d’entre-vous qui lui étaient attachés s’appliquent à faire vivre son souvenir dans leur action cynégétique. Un souvenir qui vous invite à ne pas regarder en arrière, à oublier vos limites ou vos erreurs, pour vous permettre de vous épanouir dans la nature.

Salut, la Godasse.

Pour ton groupe et tes amis de chasse:
Jean-Pierre Boegli