SLC/CCC/CSS

Hommage à Alfred Maeder
1923 - 2007
Juge aux épreuves de chasse

IFPF

Avec une portée de son élevage du Plainfayen.

Victime d’un tragique accident de la circulation, Alfred Maeder est décédé le 18 mai 2007.

Nos parcours de vie se sont rejoints en mai 1970. À la recherche d’un chien courant schwytzois pour saillir ma première chienne Tambelle du Noirbois, mon collègue de chasse Georges Rueflin m’avait recommandé Alex von Pragelpass, le chien d’Alfred. « Le chien de ma vie », répétait fréquemment Alfred qui, lorsqu’il dut s’en séparer parce qu’il était devenu âgé et malade, laissa transparaître une grande tristesse, alors qu’habituellement il cachait bien ses émotions. De cette portée, Alfred éleva une chienne et, très naturellement, nous avons sympathisé. J’ai immédiatement apprécié ses traits de caractère, aussi antinomiques qu’affirmés et qui ont pour nom : rudesse et sensibilité, timidité et bon conteur ; et par-dessus tout, son sens de l’accueil reconnu loin à la ronde. Qui n’a pas passé un bon moment dans sa cuisine de Courchapoix ? puis de Courroux ?

Ce sont ces qualités qui séduisirent Gustave Riat, pharmacien à Delémont et président du Club suisse du chien courant, lorsqu’il confia à Alfred la chienne Musette du Bois-Brûlé. Ce fut donc, en 1958, le début de l’élevage de courants schwytzois sous l’affixe de Plainfayen. Mais élever des chiens courants implique de les laisser chasser, alors qu’Alfred n’était pas au bénéfice d’un permis de chasse. Une situation embarrassante qui suscitait bien des problèmes et incita le garde-chasse Vincent Airoldi à lui proposer de prendre ledit permis. Suivre des cours, passer des examens, ce n’est pas toujours évident à 45 ans. Alfred releva le défi et obtint son permis en 1963.

Comme beaucoup de chasseurs, Alfred connut plusieurs groupes. Ceux-ci se font et se défont, souvent pour des raisons relevant de l’âge, de la maladie, d’un décès, voire du nombre de chasseurs appartenant au groupe. Sans être exhaustif, je citerai son premier groupe de Courchapoix, avec Augustin, Alphonse, les deux Alfred, puis le groupe de Courroux, celui du Fetch, du Bian… mais aussi l’équipe des trois Merz, et enfin le groupe des Wolf, de « mes jeunes » comme Alfred les dénommait gentiment. De jeunes chasseurs pleins d’égards envers l’ancien avec qui ils partagèrent une véritable passion pour la chasse du sanglier, que ce soit en chasse d’automne ou pendant les traques d’hiver. Qui n’a pas entendu Alfred raconter son doublé de cochons ? ou comptabiliser les kilomètres parcourus pour décentrer ou traquer ?

Au bénéfice d’une santé solide, il a arpenté jusqu’à un âge avancé ses territoires de chasse préférés : Val Terbi, Raimeux, Montaigu, Grande Schönenberg et j’en passe ; mais aussi l’Hasenschell de Movelier – souvenir de la mob 39-45 ! - ou le Mitteland bernois, avant 1979, lorsque le chevreuil était peu abondant dans le Jura, ou encore l’Ajoie, il y a quelques années, lorsque ce même chevreuil se fit plus discret en Terre sainte.

Mais marcher en forêt devint peu à peu problématique et Alfred renonça à sa passion de la chasse, en 2004, année de la mort de Mélodie, sa dernière Schwytzoise qui s’est enfuie pour mourir, « ayant conscience de la situation », a dit son patron.

Vouloir évoquer ici de manière exhaustive toute la vie d’Alfred est une gageure que je renonce à prolonger ! Simplement, je préfère évoquer ce qu’il a été à partir de ce que nous avons vécu ensemble dès 1970.

Très vite, nos rencontres générèrent une amitié indéfectible. Nos contacts et nos déplacements devinrent alors fréquents. Ces derniers nous conduisirent dans presque tous les cantons suisses et dans de nombreuses régions de France. Il s’agissait principalement d’assemblées du Club suisse du chien courant et d’expositions canines où Alfred exposait des chiens de son élevage et dans lesquelles j’officiais comme juge.

Ces voyages en France nous ont permis de faire connaître nos courants schwytzois principalement dans le Var et en Bretagne. Le premier, en 1980, nous conduisit chez Jean Rivoal, à Régusse dans le Var, pour y chercher Neva des Irones, la fille d’une Schwytzoise qu’Alfred avait cédée à notre ami. À l’époque, s’absenter pendant trois jours en juillet représentait un tour de force pour un agriculteur… qui vit la mer pour la première fois à l’âge de 62 ans !

Dès le printemps 1983, l’agriculteur ayant accédé au statut de retraité, les choses se simplifièrent et les déplacements s’enchaînèrent : Briec-sur l’Odet en Bretagne, chez notre ami Jean-Yves Le Nouy, à Plougasnou, également en Bretagne, à Mouchamps dans le Poitou, à Égletons en Corrèze, ou encore à Sisteron dans les Basses-Alpes. Une énumération qui témoigne du plaisir d’Alfred à rencontrer des éleveurs et des chasseurs d’ailleurs.

C’est donc tout naturellement qu’en janvier 1983 il accepta de me seconder lors de la mise en place du contrôle des portées et du tatouage des chiots courants suisses. C’est avec beaucoup de gratitude envers lui que je me remémore notre collaboration dans cette tâche, une collaboration - riche de rencontres et d’expériences ! - qui nous conduisit dans tous les districts du Jura historique. Car à cette époque nous contrôlions annuellement 20 à 30 portées de chiens courants, contre 2 ou 3 aujourd’hui. Au grand désespoir d’Alfred.

Les chasseurs de la Diana de Delémont, en particulier ceux de la traque du Val-Terbi et ceux de son groupe de chasse, perdent aujourd’hui en Alfred Maeder un membre fidèle. Cette amitié cynégétique exemplaire, il s’appliqua à la partager avec tous les chasseurs lors des assemblées ou des traques, ou encore en toute simplicité pendant la chasse.

Les membres du Groupe Nord-Ouest de la Suisse du Club suisse du chien courant rendent hommage à un éleveur compétent, aux avis constamment empreints de pertinence et d’à-propos.

Que ceux qui l’ont connu et qui lui étaient attachés s’appliquent à faire vivre son souvenir dans leur action cynégétique et cynologique. Un souvenir qui vous invite à ne pas regarder en arrière, à oublier vos limites ou vos erreurs, pour vous permettre de vous épanouir dans la nature.

À la famille d’Alfred, je dis : demeurez sereins, comme Alfred l’était lorsqu’il portait devant ses amis un jugement sur ce qu’avait été sa vie. L’attitude d’Alfred à l’endroit de la vie et de son corollaire mérite notre compréhension et notre reconnaissance.

Salut, Alfred.

Au nom du groupe Nord Ouest Suisse du CCC, de son groupe de chasse et de la traque du Val-Terbi :
Jean-Pierre Boegli