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Hommage à Willy Linder
1938-2000
Ancien président du groupe Jura et juge d’exposition

IFPF

A Vallorbe, lors de l'AD de Diana Suisse en 1984.

L’automne touche à sa fin lorsque l’« introït » sonné par les Trompes St-Hubert de Delémont retentit dans le temple : Willy Linder n’est plus. Nous ne verrons plus le premier président de la Fédération Cantonale Jurassienne des Chasseurs, le Nemrod qui a consacré tous ses loisirs non seulement à la chasse, mais aussi à la cynologie et à la musique.

Willy est né en 1938 à la ferme de la Steinboden – appelée aujourd’hui Lai Priere –, commune de Movelier, à la frontière franco-suisse, dans une famille de petits paysans besogneux. L’école primaire accomplie, il acquiert le diplôme de l’École supérieure de commerce, puis celui de l’École normale. Il est alors nommé instituteur dans son village natal et épouse Mady, l’institutrice du lieu. Et c’est tout naturellement qu’il reprend l’agence générale d’assurances de son beau-père à Delémont. Une situation professionnelle qui lui permet de conduire avec brio une vie publique et associative très active. Mais sans toutefois se départir de ses racines rurales, comme par exemple en choisissant ses apprentis – et souvent ses collaborateurs – parmi des garçons et des filles qui, pour des raisons diverses, n’avaient comme bagage scolaire que celui dispensé par l’école primaire de leur village.

En 1969, autour de la table ronde de l’Auberge du Chasseur, naît l’idée de créer un groupe de chasseurs musiciens dans le but de rehausser les manifestations de la Diana de Delémont. Willy Linder, directeur de la fanfare de son village et Pierre Fleury, « fanfaron » au corps de musique de l’Union instrumentale de Delémont relèvent le défi avec quelques instrumentistes chasseurs ou proches de la chasse. Et les événements se succèdent : inauguration des premières tenues en 1969, concerts, nombreux stages et concours, 15e anniversaire et inauguration des tenues actuelles avec Christine Pagès, Bernard et Hubert Heinrich, puis 20e avec Ricet Barrier et composition par Willy de la fanfare « Sous Gentilpran », des événements marquants que j’accepte volontiers de présider et d’organiser. Je m’en voudrais d’omettre le rôle décisif de Willy dans la fondation, en 1978, de l’Amicale suisse de trompes de chasse puis dans l’adhésion de cette dernière à la Fédération internationale des trompes de France dans laquelle il représente l’amicale, et enfin les contacts fructueux et décisifs qu’il prend avec le groupe de sonneurs des frères Heinrich et plus particulièrement avec Hubert, l’actuel directeur des Trompes St-Hubert de Delémont et artisan de la valeur du groupe de sonneurs jurassiens.

Mais vouloir évoquer ici de manière exhaustive toute la vie de Willy est une gageure que je renonce à prolonger !

Très simplement, je préfère évoquer ce qu’il a été à partir de ce que nous avons vécu ensemble.

Nos vies se croisent au milieu des années soixante : pour moi, examens de chasse et première patente, en 1964, pour lui en 1965 ; et premières rencontres à la Tempé(rance) – à l’Auberge du Chasseur pour les non initiés ! –, rencontres qui très vite génèrent une amitié indéfectible. Comment ne pas apprécier sa sagesse et son intelligence, son esprit scientifique et de conseil? Jamais il ne juge sur l’apparence, ne se prononce sur ce qu’il entend dire, mais toujours fait droit aux arguments avérés.

Nos contacts sont alors fréquents et c’est tout naturellement qu’il me demande en 1978, alors qu’il est président de la Fédération des chasseurs du Jura bernois et de la Diana de Delémont, de reprendre la présidence de cette dernière et celle de la commission d’instruction des candidats chasseurs. La mise en place pour 1979 de la toute nouvelle Fédération cantonale jurassienne des chasseurs exigeant beaucoup de disponibilité, il renonce à cumuler deux mandats importants. Et c’est ainsi que nous nous engageons ensemble dans la mise en place de la chasse jurassienne, en particulier dans la commission de la faune et dans celle des examens des candidats chasseurs.

En 1980, il préside également la commission du Collège de Delémont dont j’assume la direction : nous nous côtoyons donc presque tous les jours !

Cet engagement commun au service de la chasse dure aussi longtemps que la santé de Willy le lui permet. Un engagement qui nous conduit, en 1985, à assumer la présidence et la vice-présidence de Diana Suisse, puis quelques années plus tard, alors que j’assume également celle de la Fédération des associations suisses de chasseurs, il me seconde efficacement grâce à son parfait bilinguisme. Un bilinguisme qu’il met sans réserve au service de la chasse, des chiens courants et des compagnies d’assurances.

C’est avec beaucoup de gratitude envers mon ami Willy que je me remémore notre collaboration. Une collaboration riche de réussites – et aussi d’échecs ! – et qui nous conduit pratiquement dans tous les cantons suisses, mais également en France pour les chiens, en Belgique pour la Fédération des associations de chasseurs européens, en Allemagne pour les chasseurs de langue allemande, en Slovaquie pour établir les premiers contacts cynégétiques est-ouest. Je ne peux passer sous silence des démarches décisives dans le cadre de la loi fédérale sur la chasse et de son ordonnance (maintien du petit gibier au plan de chasse, moratoire concernant la perdrix grise, contacts pris avec les parlementaires fédéraux, etc.), dans la mise en place des fondations Territoires naturels en Suisse, ou encore dans l’établissement des premiers contacts avec l’Association suisse pour la protection des oiseaux.

Et pourquoi ne pas évoquer aussi les quelques années, à l’entrée en souveraineté du canton du Jura, où nous avons chassé ensemble? Une équipe appelée familièrement le « groupe des présidents » par Roland Hofer, alors vice-président de la FCJC, groupe auquel s’étaient joints le regretté Max Meury (la Godasse) et mon cousin Paul. Que de repas et de soirées de chasse animées : Willy, un musicien hors pair avec sa « schwytzoise », a toujours été un grand gourmand et le repas de chasse un moment privilégié pour lui. Son anniversaire « tombait » souvent sur un jour de chasse du mois d’octobre.

Les chasseurs jurassiens perdent aujourd’hui en Willy Linder un membre à l’éthique cynégétique exemplaire. Une éthique qu’il s’appliqua à partager avec tous les candidats chasseurs lors des examens, mais aussi avec l’ensemble des chasseurs lors des assemblées ou en toute simplicité pendant la chasse.

Les membres du Groupe Jura du Club du chien courant suisse rendent hommage à leur ancien président et juge d’exposition compétent, aux avis constamment empreints de pertinence et d’à-propos.

Les sonneurs jurassiens et suisses, eux, lui sont reconnaissants d’avoir tout mis en œuvre pour que la trompe de chasse soit reconnue à sa juste valeur dans tous les milieux avertis, cynégétiques ou non, de Suisse romande.

Que ceux qui l’ont connu et qui lui étaient attachés s’appliquent à faire vivre son souvenir dans leur action cynégétique, cynologique et musicale. Un souvenir qui vous invite à ne pas regarder en arrière, à oublier vos limites ou vos erreurs, pour vous permettre de vous épanouir dans la nature.

À la famille de Willy, je dis : demeurez sereins, comme Willy l’était toujours et lorsqu’il portait devant ses amis un jugement sur ce qu’avait été sa vie : « Peut-être ne deviendrais-je pas vieux, mais j’aurai eu des activités qui m’auront pleinement satisfait et j’aurai bien vécu ! »

L’attitude de Willy face à la vie et à son corollaire mérite notre compréhension et notre reconnaissance.

Salut, Willy.

Jean-Pierre Boegli