Votations cantonales et le spectre de la chasse La Suisse peut se réjouir de vivre un statut démocratique qui laisse à ses citoyens beaucoup de liberté et d’opportunité pour exprimer ses vœux et ses espoirs. Mais, en politique, les surprises sont toujours possibles et tous les coups sont permis. Même en cherchant bien au travers de la loi, il me paraît difficile d’y trouver un certain vocabulaire du genre respect, éthique, réalité, compétence, rigueur, transparence ou encore vérité. Plus le temps avance, plus la langue de bois est utilisée dans les dialogues, les affirmations, les argumentaires que l’on peut entendre dans les discours ou lire dans les tracts destinés aux citoyens votants. Malheureusement, une partie du grand public se laisse facilement berner et c’est comme cela que des extrémistes parviennent à leurs fins. Enfin, pas toujours ! Chaque région, chaque canton a ses ténors capables de dire et faire tout et n’importe quoi. Il y a déjà 35 ans que des protectionnistes genevois outranciers ont réussi à berner la population en lui promettant une grande réserve de faune, genre paradis des animaux, si elle acceptait l’initiative demandant la suppression de la chasse. S’ils ont gagné cette bataille, on ne les a jamais entendus se plaindre de la disparition de certains biotopes, de la prolifération des sangliers et de leur régulation nocturne dépourvue d’état d’âme. Plus récemment encore, ils n’ont pas réagi à la disparition des perdrix ni au tir des lièvres, cette espèce devenue rare sur le territoire suisse et que l’on élimine sur Genève comme des lapins !
Malins et tendancieux !
Une initiative, demandant l’acceptation d’une loi modifiant la Constitution genevoise a été reçue et mise en votation le 24 février dernier. L’interdiction de la chasse y est inscrite et reste, ici, bien à l’abri d’une abolition possible. Mais les initiants de la suppression de la chasse en 1974 ont créé l’association Pro Fauna qui cherche à étendre l’interdiction à d’autres cantons. Ils craignent que le seul fait de supprimer l’interdiction de la Constitution genevoise affaiblirait le message vis-à-vis des autres cantons ! Pour cette association, il était important que le peuple refuse toute modification de la Constitution. Pour leur campagne, ils ont créé une affiche et des « pavés » qui ont été émis pendant près de deux semaines dans la « Tribune de Genève » et un tirage journalier gratuit. Tout en couleur, on y voit deux chasseurs épaulant une compagnie de perdrix, semble-t-il des rouges d’Andalousie, avec le message suivant : « Retour de la chasse ? Non merci ! Non à la loi modifiant la Constitution genevoise ». C’était très malin et plus que tendancieux, sachant que ces initiants s’adressaient à des citadins, dont la plupart ont perdu, depuis fort longtemps, une grande partie des valeurs culturelles qui régnaient autrefois dans les campagnes. Tant pis pour ces protectionnistes en mal de réputation, le peuple a accepté la modification de la loi. Malgré cela, les chances de retrouver une chasse gestionnaire et démocratique à Genève sont encore bien minces. En attendant, c’est la faune qui trinque !
Alain Rossier
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