Genève 2008

Le mot du président

Chers membres,
Il est fort probable que je ne vous représente bientôt plus en qualité de président. En effet, malgré la grande affection que je porte à cette société, malgré les nombreux amis auxquels je suis attaché depuis 1962, année de mon adhésion à la St Hubert, et après 28 ans de présidence, je crois avoir compris qu’un chasseur genevois est disposé à me remplacer à cette tribune !
Très vite après mon adhésion, je suis entré au comité et j’ai repris la charge de secrétaire, ce qui m’a permis de très bien connaître la chasse genevoise, ses joies et ses difficultés ; mais j’ignorais que j’allais vivre un jour la fin d’un droit ancestral, organisée par des milieux protectionnistes outranciers et méconnaissant la cynégétique et son importance.
Depuis plusieurs années, lors de chaque assemblée annuelle, mon poste a été proposé à qui voulait le reprendre. Mais jusque-là, aucune main ne s’était levée ! Certes, je me suis toujours trouvé à l’aise pour engager le dialogue, mener les affaires de la société, organiser les manifestations traditionnelles avec le comité, représenter la société à Diana Suisse et partout où elle était sollicitée, représenter aussi la St Hubert à la commission de la faune et, en plus de cela, j’y ai trouvé beaucoup de plaisir. J’ai succédé ainsi à John Gavard, Louis Chapuis et Claude Roulin, qui ont eu affaire à une longue liste de membres, mais surtout qui ont présidé une société représentant une activité en cours !
En effet, pendant 28 ans, j’ai défendu, tant bien que mal, des chasseurs interdits d’exercer leur art sur les terres de leur domicile, j’ai défendu la chasse dans son entité et j’ai prôné une cynégétique faisant partie d’une culture inscrite dans la protection et la gestion de la faune, bien qu’elle ait été supprimée depuis 33 ans. Dès 1972, la St Hubert a réintégré les rangs de la Diana Suisse et j’ai fait partie du comité central avec quelques collègues. A ce jour, je crois n’avoir été excusé qu’à deux séances et pour des raisons majeures !
Notre société a été sollicitée plusieurs fois pour prendre le vorort de Diana Suisse, mais faute de pouvoir organiser un bureau solide, je n’ai jamais donné suite à ces demandes. J’aurai tout de même œuvré quatre ans au sein du bureau exécutif actuel présidé par le canton de Vaud.
Si j’ai très tôt couvert quelques colonnes dans le journal local Chasse, Pêche et Navigation, dès 1972 aussi, je me suis engagé à écrire chaque mois un article dans la revue Diana - Chasse et Nature. J’ai pris un immense plaisir dans ce job et c’est ce qui me fait continuer encore à écrire sur la chasse, les chasseurs et les chiens. J’utilise beaucoup plus de pages pendant une année que de cartouches lors de la saison de chasse !
Dès la suppression de la chasse, en 1973, j’ai fait la demande pour que le milieu cynégétique puisse participer aux débats de la commission consultative de la faune. Il aura fallu attendre 2 législatures pour y accéder de manière indirecte, puisque, de par ma profession, j’ai représenté les milieux de la botanique lorsque ce poste a été vacant. Montré du doigt lors de ma première séance par deux dames commissaires, j’ai tout de même pu entrer en communication avec tout le monde et faire valoir l’avis des chasseurs. Certes, il n’est pas question ici d’imposer des vues, mais surtout de faire connaître les raisons cynégétiques à des milieux protectionnistes très bornés parfois et surtout ignorant les problèmes posés par la faune chassable. Je crois avoir réussi mon travail, puisque le dialogue n’a jamais été rompu.
La participation de la St Hubert aux affaires de Diana Suisse, maintenant aussi de ChasseSuisse, doit se poursuivre impérativement, car il ne faut pas que la domiciliation genevoise devienne un barrage à la concertation, comme il l’est encore, dans certains cas, à la participation active de chasse en Suisse romande. Depuis 1974, j’ai beaucoup œuvré dans ce sens, mais je doute encore que tous mes collègues chasseurs genevois aient conscience de cela. La régale cantonale, en matière de chasse, est une liberté régionale, mais aussi un danger pour toute personne habitant hors des « frontières » des cantons. Le manque de réciprocité est un argument fort pour évincer un chasseur n’habitant pas dans ces petits territoires autonomes, les politiques le savent bien !
Plus que jamais, la chasse doit être défendue dans tous les milieux, afin que le cas du canton de Genève ne se reproduise plus. Comment peut-on citer en exemple la suppression de la chasse, alors que l’on sait pertinemment que la faune doit être protégée de tous les déséquilibres et que les animaux sauvages peuvent devenir un danger pour l’agriculture, la forêt et les espèces entre elles ? On peut le constater maintenant, le désintérêt de la préservation du petit gibier par les services cantonaux et les chasseurs qui ne parlent plus que de la grande faune, a fait que nos plaines se sont vidées des faisans, des perdrix et souvent des lièvres. Il y a là un très gros travail à faire si l’on veut aussi parler de biodiversité en matière de chasse ! Les loups et les lynx ne sauraient remplacer les chasseurs que nous sommes, sauf peut-être si l’on décide de créer un grand vide faunistique que nos détracteurs ne sauraient en aucun cas combler. La chasse est un acte noble et nécessaire. Les chasseurs en sont conscients et ne sauraient se dérober devant leur responsabilité.

Alain Rossier