Fribourg 2008

Le loup a-t-il sa place dans notre région ?

Le retour du loup dans notre canton semble prouvé. Les analyses d'ADN nous disent qu’il est originaire d’Italie. L'ADN ne prouve pas que le loup puisse venir d'Italie actuellement, mais seulement que c'est ce type de loup originaire d'Italie dont il s'agit. Le fait que son origine est établie ne signifie pas non plus que ce loup est venu naturellement. En effet, nous savons que les loups originaires de l’Italie viennent de la région des Abruzzes, un parc naturel au Sud de Rome. Les distances qui séparent cette région de notre pays sont de plusieurs centaines de kilomètres et le loup aurait dû traverser plusieurs régions giboyeuses, en particulier les alpes italiennes. Or, aucune trace de loup n’a été observée dans ces régions, c’est comme si le loup était venu directement depuis les Abruzzes en Valais et à Fribourg. Curieux, n’est-ce pas ?
De plus je me pose quelques questions sur le comportement de ce loup qui se promène en bordure des villages de l’Intyamon et qui se laisse voir en plein jour. Les personnes qui ont visité des pays où le loup vit en grand nombre savent que le loup est un animal nocturne qui ne se voit jamais. Pour ces raisons, on peut se poser légitimement la question de savoir si ce loup est vraiment venu naturellement. Je ne prétends pas que des organisations comme le WWF ou Pro Natura organisent de tels lâchers, ces organisations savent qu'une acclimatation serait d'abord nécessaire, mais je pense que nous ne sommes pas à l’abri d'initiatives d’individus éco-fanatiques qui rêvent d’un retour à la vie sauvage et au jardin d’Eden et qui abandonneraient des animaux à un environnement auquel ils ne sont pas préparés.
Mais au-delà de la problématique sur la provenance du loup, de son retour naturel ou artificiel, la première question que nous devons nous poser est celle de savoir si le loup a sa place dans notre région !
La Suisse est un petit pays qui a été façonné par des hommes qui se sont battus pour vivre dans une nature rude et hostile. Aujourd’hui encore, cette magnifique nature façonnée par l’homme depuis des milliers d’années est entretenue par des gens qui aiment leur travail et qui vivent de la nature et en harmonie avec elle. Inévitablement, le loup provoquera des dégâts durant le prochain estivage et l'on partage les inquiétudes des personnes qui vivent de l’élevage, on comprend leur colère et leur appréhension face à ce grand carnivore. L‘idéologie du retour des grands prédateurs est le reflet du clivage entre les mentalités citadines et la ruralité. Imposer aux éleveurs de vivre avec le loup, c’est un peu comme si on imposait le retour des gros rats dans les villes sous prétexte que le rat a été éradiqué par l’homme, qu'il fait partie de la nature et que la peste qu'il transmette reste un fléau bien naturel.
Enfin, je pense aux animaux sauvages tel que le chevreuil, le chamois ou le cerf. Dans notre société, on n'admet pas qu'ils puissent souffrir de la part de l'homme et même garnir son assiette, mais on admet qu'il est naturel qu'il agonise lentement pour le jeu d'un prédateur et pas simplement pour sa nourriture. Qu'est-ce qui est naturel ? et qui définit ce qui est naturel ? Nous bétonnons le biotope de ces animaux, nous construisons des routes, nous endiguons les rivières, nous cultivons les prés et exploitons les forêts… finalement nous les avons contraints à vivre dans des petits territoires où ils ne peuvent plus de se déplacer au gré des dangers qui les menacent. Les dérangements constants dus aux activités sportives et de loisirs, au va et vient incessant des chiens dans la nature provoquent un stress permanent auquel le gibier doit s’adapter tous les jours. Petit à petit, on remarque que les animaux sauvages s'amaigrissent chez nous. Après le stress provoqué par les hommes, résisteront-ils au stress des grands prédateurs. Sous prétexte d'un retour mythique aux origines, on aura surtout réussi à provoquer de nouveaux déséquilibres parce qu'au cours des ans, la nature change et évolue, alors que l'homme ne supporte pas les changements et l'évolution qui semblent le déstabiliser.
Non, et c'est le bon sens qui le dicte, le loup n’a plus sa place chez nous tandis que les animaux sauvages existants méritent l'hospitalité de nos montagnes. Que les personnes qui aiment voir de vrais loups sauvages aillent les observer dans les régions où le loup vit en harmonie dans un biotope adapté et où il est souvent en surabondance.
Bulle, le 4 février 2008
Eric Gobet