Jura bernois     2009  

Des cerfs pour le Jura bernois

Il y a 20 ans, des «spécialistes» prédisaient avec grand sérieux: dans 10 ans, il y aura des cerfs dans tout l'arc jurassien ; chez nous, 10 ans après, rien; encore 10 ans plus tard, toujours rien. Et dans 10 ans, sûrement le statu quo, si on n'agit pas. Par ailleurs, beaucoup de voix sans doute un peu idéalistes prédisent le retour «naturel» du loup, qui se mettra du bétail sous la dent, à moins que... Sachant que le cerf représente la proie de prédilection du grand carnassier, autant que l'un précède l'arrivée de l'autre. Sachant aussi que le cerf est un animal de chasse magnifique, pourquoi en priver les chasseurs régionaux, puisqu'en Suisse, plus de la moitié de ceux-ci peuvent le taquiner, si l'on peut dire. L'idée donc d'imaginer une translocation de certains animaux surnuméraires de l'Oberland chez nous a ressurgi lors de la récente réunion des groupes de gestion du gibier dans les zones 1 et 2. Il faut dire qu'elle n'est pas nouvelle, puisqu'un groupe de travail l'avait lancée en 2002 déjà. Mais à cette époque, le cheptel bernois était encore bien modeste. Si aujourd'hui il n'est pas (encore) très important, notamment en regard des Grisons ou du Valais, il s'est solidifié au point qu'il devient déjà gênant par endroits. Par ailleurs, il faut réaliser que ce qui aurait été facilement organisé il y 40 ans devient aujourd'hui tout de suite fort compliqué. Cependant pas impossible, puisque, dans ce contexte, il n'y a pas si longtemps qu'une nouvelle colonie de bouquetins a vu le jour au Diemtigtal. La principale résistance viendra bien sûr des milieux forestiers, qui peinent déjà à accepter nos chevreuils. On aura droit au discours habituel qui se fera l'écho des craintes de dégâts insupportables, lesquels devraient amener à l'anéantissement de la forêt. C'est en tout cas ce qu'on nous rabâche depuis plus de 30 ans pour notre petit cervidé, alors avec le grand, vous pensez! Et pendant ce temps, les forêts prospèrent bien et deviennent même parfois envahissantes! Nous avons bien sûr un allié de taille, soit Pro Natura. L'organisation écologiste se réjouirait de revoir des loups et sait fort bien qu'il faudra des cerfs pour les nourrir. Pour avoir chassé dans un territoire hanté par ces prédateurs, j'ai appris par exemple que le chevreuil est une proie difficile, car très rapide, souple et imprévisible, le cerf est bien plus judicieux. Mais pour nous chasseurs, ne nous réjouissons cependant pas trop vite de l'introduction future d'une chasse au roi de la forêt, car qui peut nous dire où nous en serons dans 10 ans. Les paramètres sont nombreux et l'on pourrait passer d'une extrême à l'autre, soit une incitation à tirer sitôt l'apparition du museau d'une biche, ou protéger au maximum les quelques bêtes devenues indigènes au profit des loups. Il reste encore la question du territoire. Les grands massifs forestiers aptes à accueillir ce sympathique ongulé ne sont pas légions, et peut-être pas ceux que l'on pense. On cite par exemple spontanément Chasseral, en oubliant que l'essentiel de cette montagne est fortement visité par un tourisme de tout genre qui dérange beaucoup, surtout en hiver. Mais finalement, l'important est d'y croire et de militer activement pour que nos grandes côtes boisées abritent dans pas trop longtemps le retentissement du brame.

Henri Baumgartner